À Kinshasa, survivre aux inondations en bâtissant sur des ordures
À Kinshasa, les habitants de Mama Nzénzé utilisent des tonnes de déchets pour surélever leurs maisons contre les crues du fleuve Congo.

Un bastion de fortune contre l'eau
À première vue, rien ne distingue Mama Nzénzé des autres faubourgs de Kinshasa : des enfants courent entre les habitations et le linge sèche au soleil de la commune de Limete. Pourtant, une odeur suffocante, mélange de putréfaction et de détritus, trahit une réalité géologique singulière. Ici, le sol sous les pieds des habitants n'est pas de terre, mais composé de couches sédimentées de bouteilles en plastique, de boîtiers métalliques et de câbles électriques.
Ce quartier marécageux, niché dans une plaine du bassin du fleuve Congo, est l'un des points les plus critiques de la capitale lors de la saison des pluies, qui s'étire d'octobre à mai. Face à l'inéluctable montée des eaux, les résidents ont opté pour une stratégie de survie radicale : l'exhaussement artificiel par les déchets.
Le traumatisme de 2023-2024
« Nous avons délibérément accumulé des tonnes d'ordures pour surélever nos maisons d'environ deux mètres », confie Didier, un habitant de 49 ans. Ce remblaiement informel n'est pas une négligence, mais une réponse désespérée à une série de catastrophes climatiques.
Pourtant, une odeur suffocante, mélange de putréfaction et de détritus, trahit une réalité géologique singulière.
Le tournant a eu lieu entre la fin de l'année 2023 et le début de l'année 2024. Durant cette période, des précipitations d'une intensité rare ont provoqué des crues historiques du fleuve Congo, submergeant des quartiers entiers. À l'époque, l'ampleur de la crise humanitaire avait mis en lumière la vulnérabilité extrême de Kinshasa face aux dérèglements climatiques.
L'absence de réponse étatique
L'usage des déchets comme matériau de construction est aussi le symptôme d'un abandon institutionnel. Devant l'absence de réseaux de drainage adéquats et le manque de soutien lors des dernières inondations, les habitants de Mama Nzénzé ont dû improviser leurs propres digues.
Si ce remblai d'un nouveau genre offre une protection précaire contre l'humidité ascendante, il pose des défis sanitaires colossaux. Entre les risques épidémiologiques liés à la décomposition des matières organiques et la pollution des sols, le quartier de Mama Nzénzé est devenu le symbole de l'adaptation « à l'aveugle » dans une métropole en proie à l'urgence environnementale.




