Serbie : Le dernier grand média d'opposition en péril après une purge interne
Le limogeage du rédacteur en chef de N1, Igor Bozic, marque une étape cruciale dans la répression de la presse indépendante par le pouvoir de Belgrade.

Un bastion de l'information s'effondre
La dérive autoritaire de la Serbie franchit un nouveau cap inquiétant. Lundi 6 avril, la rédaction de la chaîne d'information N1, l'un des rares médias à maintenir une ligne éditoriale critique envers le pouvoir, a annoncé le limogeage soudain de son rédacteur en chef, Igor Bozic.
Cette décision émane du groupe Adria News, propriétaire de la chaîne mais aussi d'autres titres emblématiques de la presse indépendante comme le quotidien Danas et le portail Nova. Ce bouleversement interne intervient dans un climat de pressions politiques intenses exercées par le président nationaliste Aleksandar Vucic.
La riposte du pouvoir après la contestation étudiante
Le groupe Adria News était depuis plusieurs mois dans le collimateur de la présidence. M. Vucic n'a jamais pardonné au groupe son soutien médiatique au vaste mouvement étudiant anticorruption qui a paralysé le pays entre novembre 2024 et novembre 2025. Pour de nombreux observateurs, l'éviction de Bozic est la conséquence directe de ces tensions.
La dérive autoritaire de la Serbie franchit un nouveau cap inquiétant.
L'association des journalistes indépendants (Nuns) ne cache pas son pessimisme. Lors d'un rassemblement mardi 7 avril au soir devant les bureaux de la télévision à Belgrade, elle a affirmé que :
« Les autorités sont entrées dans la phase finale de leur prise de contrôle de l’un des derniers bastions de l’information indépendante en Serbie. »
La rue se mobilise pour la liberté de la presse
Le sort des journalistes de N1 a suscité une vive émotion populaire. Plusieurs centaines de Serbes se sont réunis pour exprimer leur solidarité et dénoncer ce qu'ils considèrent comme une mise au pas orchestrée par le régime. Quelques jours plus tôt, le 1er avril, des journalistes avaient déjà bloqué la circulation devant les bureaux de la présidence pour alerter sur les menaces pesant sur leur métier.
Alors que les espaces de liberté se réduisent comme peau de chagrin à Belgrade, l'avenir d'une presse libre et d'une opposition médiatique structurée semble plus incertain que jamais face au contrôle croissant de l'appareil d'État sur les canaux d'information.




