Restitutions culturelles : La France vers un cadre législatif durable
L'Assemblée nationale s'apprête à voter une loi cadre pour faciliter la restitution des biens culturels africains pillés durant la colonisation.
Un tournant historique pour la gestion du patrimoine national
Le processus de restitution des biens culturels africains pillés durant la période coloniale franchit une étape législative majeure. Après un vote unanime de la commission des affaires culturelles du Sénat le 28 janvier dernier, c'est au tour de l'Assemblée nationale de marquer son accord. Mercredi 8 avril, la commission des affaires culturelles de la chambre basse a approuvé le projet de loi visant à modifier le code du patrimoine.
Ce texte, qui doit être examiné en séance plénière le 13 avril, vise à simplifier la sortie des collections nationales pour les objets dont l'acquisition a été jugée illicite. Jusqu'alors, chaque restitution nécessitait le vote d'une loi d'exception, à l'image du retour au Bénin, en 2021, des 26 trésors royaux d'Abomey saisis par le général Dodds à la fin du XIXe siècle.
La fin de l'exception pour la règle
L'adoption de ce cadre législatif est l'aboutissement d'un processus initié en 2017. Lors de son discours fondateur à l'université de Ouagadougou, le président Emmanuel Macron s'était engagé auprès de la jeunesse africaine à rendre possibles ces restitutions dans un délai de cinq ans.
Le processus de restitution des biens culturels africains pillés durant la période coloniale franchit une étape législative majeure.
L'historienne Bénédicte Savoy, co-autrice avec l'économiste sénégalais Felwine Sarr d'un rapport de référence sur le sujet en 2018, n'a pas caché son émotion face à cette avancée :
« Cela montre qu'on peut lâcher prise, qu'on n'est pas accroché à des collections accumulées dans la violence. C'est le signe d'une maturité collective et l'aboutissement d'un grand mouvement. »
Des symboles forts : l'exemple du Djidji Ayôkwé
Cette accélération législative résonne particulièrement avec l'actualité récente. Le 20 février 2026, une cérémonie hautement symbolique s'est tenue au Musée du quai Branly à Paris pour la restitution à la Côte d'Ivoire du « Djidji Ayôkwé », le tambour sacré des Ébriés.
Autrefois utilisé comme instrument de communication par les populations locales, ce tambour « parleur » avait été confisqué par les autorités coloniales françaises en 1916. Son retour prochain en terre ivoirienne préfigure une nouvelle ère de coopération culturelle entre la France et le continent africain, désormais portée par une base juridique pérenne plutôt que par des décisions au cas par cas.
Le débat parlementaire du 13 avril s'annonce comme la touche finale d'un chantier mémoriel complexe qui redéfinit les relations diplomatiques franco-africaines sous le prisme de la culture.
